Psychosomatique Intégrative

09/06/2015 08:44

Pour comprendre la psychosomatique intégrative, je vais prendre pour exemple une étude de janvier 2012 proposant d'établir une relation entre dépression et infarctus du myocarde. Ce genre d'étude est intéressante en psychosomatique car elle peut nous fournir une compréhension de la relation entre un événement, une émotion et des troubles somatiques.

On doit cependant avancer avec beaucoup de précautions, car les études « épidémiologiques » présentées par des scientifiques peuvent nous induire profondément en erreur.

Premièrement les études épidémiologiques à l'échelle mondiale, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, sont exceptionnelles, puisque ces études doivent prendre en considération les fichiers d'état civil de populations très importantes en nombre pour les suivre sur une longue durée.

Deuxièmement les études qui nous sont présentées par la presse médicale sont en vérité des études de « cohortes » dont les résultats sont pertinents uniquement pour les membres de la cohorte étudiée et dans la période considérée.
Je prends ces précautions pour que vous puissiez percevoir avec plus d'acuité les résultats d'une étude, et que, de tels résultats ne vous ébranlent pas émotionnellement.

L'association cardiologique américaine a publié le 9 janvier 2012 un communiqué d'une étude entreprise par neuf chercheurs dont Élisabeth Mostofsky et Murray M. Mittelman (Risk of acute myocardial infection after death of a significant person in one's life: the determinants of MI onset study, CIRCULATION, 111.061770).
La cohorte étudiée comporte 1985 victimes de crises cardiaques entre 1989 et 1994 ; les questions des chercheurs ont évalué les relations entre la crise cardiaque et la perte d'un être cher au cours de l'année précédente en tenant compte de la qualité de leurs relations.

Il s'agit d'une hypothèse que nous avançons aussi en psychosomatique intégrative pour comprendre l'effet d'un événement traumatique, le deuil par exemple, sur l'ensemble de l'unité psychosomatique humaine.

Les conclusions de la recherche sont les suivantes : à la suite du décès d'un parent proche, il existe un risque 21 fois plus élevé que la normale d'infarctus dans la première journée qui suit le décès, et six fois plus élevé durant la première semaine. Le risque d'infarctus disparaît progressivement au cours du mois suivant. Le risque varie en fonction de la gravité de la crise, il est de 1/320 personnes pour une crise légère, et de 1/1394 pour une crise cardiaque grave. Il s'agit pour les chercheurs et plus particulièrement pour le Dr. Murray Mittelman, cardiologue à la Harvard Medical School, d'une conclusion importante pour la prévention de ce risque cardiaque. Nous savons que le stress psychologique augmente le rythme cardiaque, la pression sanguine et la coagulation du sang ce qui renforce le risque d'attaque cardiaque ; au début du processus de deuil, le sommeil est perturbé ainsi que l'appétit et les niveaux de cortisol.
En vérité, parmi les 1985 sujets étudiés, seuls 270 soient 13,6 % de la cohorte avaient été éprouvés dans les six premiers mois suivant la mort d'un parent proche. Le risque absolu d'infarctus du myocarde est très faible (5 % à 10 ans) et le risque moyen est de 20 % à 10 ans, ce qui représente un infime pourcentage de la cohorte globale.

Essayons à présent d'analyser de façon critique une telle étude en utilisant les méthodes développées en psychosomatique intégrative :

les chercheurs américains n'ont pris en considération que des variables biologiques et ont fortement négligé les dimensions psychologique, familiale et environnementale spécifiques des patients de la cohorte. On ignore tout de la stabilité de l'environnement familial et socioprofessionnel des patients ainsi que les capacités de résistance mentale individuelle aux chocs émotionnels (leur résilience). Or nous savons que le choc émotionnel à la suite d'un deuil est vécu très différemment selon l'histoire individuelle à la lumière des événements de leur vie; un environnement familial stable absorbe les chocs émotionnels.
De plus nous savons qu'un élément des capacités de résistance individuelles est le recours à des ressources spirituelles, quelles que soient les croyances, et cet élément ne figure en aucune façon ainsi que les autres variables que j'ai avancées dans cette étude.
Les chercheurs ignorent tout de la souffrance individuelle suite à un deuil et des différents procédés utilisés pour consoler un être humain et ainsi affaiblir le choc émotionnel.

On peut comprendre que tout en prenant en considération les résultats de ces chercheurs, je peux émettre des doutes fondés sur la pertinence de leurs résultats. Je pense que de gros efforts doivent donc encore être faits par les chercheurs pour incorporer dans leurs recherches des éléments qui sont à l'heure actuelle ignorés dans les dimensions psychologiques, culturelles et anthropologiques.

N'envisager dans les recherches médicales que les variables biologiques, sous prétexte de leur validité quantitative, me pousse à douter de leur validité.

 

JB.Stora.